mardi 3 février 2009
Le premier jour du reste de ma vie est couvert de neige
Au départ, il y eut la fameuse écharpe en acrylique bleu marine, point mousse if you please, mailles fluctuant au gré de l'agilité de mes petits doigts. A l'âge de jouer aux poupées, je préférais déjà les petits trains et mon cousin termina donc la sienne en premier. Ce qui mit un terme à ma précoce carrière dans la maille.
Des années plus tard, ayant épuisé mon venin sur les talents laineux de ma soeur première, je plongeai de nouveau. Dans un magnifique fil turquoise, aux propriétés plutôt plastiques, j'ajoutai le jersey à ma collec' de points et terminai laborieusement une jupe droite. Il fallait oser, mais c'était un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître et je poussai le culot jusqu'à y exhiber mes gambettes, avec des converses...rouges.
Puis, la vie me portant plutôt du côté sombre de la force, j'abandonnai mon nouveau loisir préféré pour un temps in-définitif passé dans l'insouciance la plus irresponsable : études, prolongement inopiné de celles-ci, voyages, mariage.
Et c'est là que le temps me rattrape : lorsque le premier souffle court, le premier dégoût devant un thé brun m'incitent à ouvrir la porte d'un magasin Phildar. Il va falloir grandir ma fille, me suis-je dit, sinon il n'y aura jamais assez de place pour ce petit bout d'homme. Et d'abord, on reprend les fondamentaux : je sais déjà marcher, je sais déjà parler, je dois savoir tricoter.
Tricot Câlin calé sur les genoux, aiguilles toutes neuves (plastoches) en main, je me fiche des explications et me lance tête baissée dans le trois mois importable plus de deux jours, en coton, avec poche devant. Deux ans durant, j'ai tricoté tous mes rangs envers en mailles torses. Un an plus tard, je réalisai la supériorité du grafting sur mes coutures d'écolière. Des mois plus tard encore, j'avais mémorisé des tonnes d'abréviations et leurs représentations graphiques, qui ne font rien pour améliorer la défense et illustration de la langue française : ssk, tbl, M1, Yo...
Mon grand mangera bientôt son 7ème gâteau d'anniversaire, et aura supporté dans l'intervalle bien des ratés et des horreurs de fonds de placard. Certaines font encore de bonnes serpillières ! D'autres vacillent entre honte et oubli. Quelques travaux ont passé l'épreuve du petit frère. La petite dernière aura eu plus de chance, née avec la découverte des blogs, de toute la science des autres, et élevée à la petite cuillère argentée sur Ravelry.
Je pourrais citer des dizaines de trucs qui me rendent aujourd'hui les aiguilles plus faciles : tricot de la main gauche, des deux mains, top-down, 4 ou 5 façons de monter ses mailles, de les arrêter, Kitchener, mailles glissées sur les bordures façon Henry, augmentation intercalaires, etc. Les découvertes s'accumulent : dentelle, chaussettes (je suis dans ma période chaussettes actuellement), fils fins à ne pas les voir, colorés, toujours plus naturels...
Ouf... Il reste encore beaucoup à faire côté réalisation mais je louche déjà du côté des couleurs, fibres, fils à teindre et fuseaux ; click-order le plus rapide de l'ouest, j'ai frappé à tout va ce week-end.
Depuis, j'attends. QUAND DONC CETTE F... NEIGE VA-T-ELLE FONDRE ET ME LAISSER ATTEINDRE MA BOITE AUX LETTRES ?
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Sur mes aiguilles (bois, bambou de préférence) :
Giotto (M. Wallin - Rowan 44 - Kauni écru et EB - N°3), interminable et non terminé, en cours de réflexion sur l'opportunité de lui ouvrir les manches à coups de lames aiguisées (je suis morte de peur à l'idée même de couper dans quelques dizaines d'heures de labeur...).
Chaussettes pour pied de moitié, couvre-poils des chevilles, fameusement confortables d'après ladite moitié. (Twined rib socks de Fluffy Knitter Deb - Great Adirondack yarn Co sur Loopy Ewe - coloris Cholla - N°3.5)
Hippomatomus, chaussette allant par deux le plus souvent, actuellement célibataire pour cause de casse d'aiguilles ergo nerf en pelote . (Pomatomus de Cookie A - The Sanguine Gryphon : Little traveller, coloris Greece - N°2.25)
dimanche 18 janvier 2009
Melior melior velox ego tricote, melior minus velox ego tricote
Pour faire simple : plus mieux vite je tricote, moins plus vite je tricote. Quoi ? Oui. Hein ? C'est pas assez clair ? Alors, une petite explication s'impose.
Plus mieux : superlatif assez fantaisiste qui tend à démontrer que mieux est encore mieux que s'il devenait meilleur.
(modèle : Laminaria, E. Zimmermann en Posh Yarn Cecilia. Fini, porté)
Vite : comme dans : "Et elles font combien de mailles à l'heure tes nouvelles circulaires Knitpicks ?".
(modèle revisité : Durrow de Jodi Green, en Ecological Wool de Cascade Yarns, coloris gris clair, aiguille N°6, fini, porté.)
Je tricote : verbe du premier groupe. Verbe faisant partie des premiers donc, conjugué à la première personne du présent, il s'oppose tout particulièrement à un autre, tiré des profondeurs du Bescherelle et qui s'applique mal à mon mode de vie : faire (le ménage, les courses, la cuisine, etc).
(modèle : Fiore di melanzana de Anne Hanson, Perchance to knit lace yarn coloris midnight rainbow, fini, porté.)
Moins plus : c'est idiot, mais il me semble que si on comprend plus mieux, on devrait à peu près saisir le sens de moins plus.
(modèle : Winter Wonderland Coat, de M. R. Orne dans Inspired to knit, Ultra Alpaca de Berroco, N°5. En rade.)
Vite : comme dans "Faut faire vite, sinon on n'aura pas le temps", grand pléonasme leitmotiv des séries américaines aux épisodes calibrés pour les tricoteuses de chaussettes (m'en suis aperçue tout récemment, n'en reviens toujours pas) : un épisode, un talon.
(modèle : Staccato Socks de Veronik Avery dans Knitting Socks with Handpainted Yarn, en Suri Blue de Fleece Artists coloris Merlin, N°2.5. Finies, portées, miam.)
Je tricote : après la première virgule et en répétition d'un premier je tricote, conduit presque toujours à quelque chose de fatal. Ex : je tricote, oui, mais je ne suis jamais contente. Peut aller jusqu'à l'auto-flagellation avec les restes détricotés de nombreux projets qui ne valent même pas la peine d'être cités.
(modèle : Child's geek spiral pullover, de T. Durham dans Loop d Loop, Noro Kureyon, 2 ou 3 coloris au moins, N°5. Beurk, jamais remembré.)
Normalement, je devrais vous faire la suite en un long exposé oui-non-m... qui explique le pourquoi du comment, son contraire et tout ce qui me vient par la tête pour faire du texte. Flemme oblige et Bac passé depuis moultes années, j'ai oublié comment on fait. En revanche, je suis toujours fortiche pour les intros. L'ai toujours été : les prémices d'un grand projet, l'ouverture au monde des idées, la tartine à peine beurrée où l'on imagine déjà la confiture...
C'est un peu comme le tricot : commencer trois rangs de ceci, un motif de cela, deux couleurs à peine posées et voici que déjà ce n'est plus déjà ça, ça n'avance pas comme il faudrait, c'est déjà dépassé, ça ne vient pas.
C'est qu'à force de lectures, expérimentations, techniques nouvelles et fils plus mieux beaux (ça revient !) les uns que les autres, j'en oublie souvent l'essentiel : le résultat. Voilà. Autant dire que le ratio détricotage / projet fini explose malgré ma bonne volonté à commencer.
Alors, cette année, je me mets au tricot. D'abord je vide quelques étagères de leurs sacro-saintes pelotes, je ne vénérerai plus le dieu couleur qu'en pulls et chaussettes (ce n'est pas une raison pour ne rien acheter de nouveau, on n'en est pas moins femme...). Car voyez-vous, l'un des problèmes d'une filomaniaque, c'est de ne jamais avoir le bon fil pour le bon projet.
Ensuite, je pense un peu à mes enfants (Qui ? Où ? Quand ???). Depuis que j'en envoie deux à la cantine et une à la garderie, c'est comme si mes aiguilles avaient oublié qu'on peut tricoter à moins de 200 mailles le rang. Si c'est pas honteux... Tout de même, je les ai bien voulus non, ces gosses ? Tiens, je vais te leur faire un pull chacun en 2009 et comme ça ils n'ont pas intérêt à me réclamer une DS pour leur anniversaire.
Enfin, je vais réfléchir. Pas la peine de rigoler au fonds ! Je vais penser avant de commencer le premier rang. Mais dès le second, je m'autorise à regarder Les-experts-FBI en boucle, histoire de laisser reposer le fourbu neurone.
Ça va déjà mieux.
(Si vous voulez en voir plus mieux des projets, l'année 2008 se disperse dans les albums photos...).









